21 février 1944 : Exécution des 23 résistants du Groupe Manouchian

Beaucoup a déjà été dit et écrit sur le courage et l’engagement de ce groupe de résistants, étrangers pour la plupart, qui ont choisi de risquer leur vie pour défendre une certaine idée de la France et dont les nazis ont voulu mettre la mort en scène à travers la célèbre Affiche Rouge.

Aujourd’hui, alors que la République leur rend hommage soixante-dix ans après leur exécution, le poème d’Aragon, mis en musique par Léo Férré, inspiré de la dernière lettre de Missak Manouchian à son épouse, Mélinée, garde toute son actualité en ces temps où l’identité de la France est sans cesse questionnée.

Souvenons-nous d’eux : Celestino Alfonso, Olga Bancic, Joseph Boczov, Georges Cloarec, Rino Della Negra, Thomas Elek, Maurice Fingercwajg, Spartaco Fontano, Jonas Geduldig, Emeric Glasz, Léon Goldberg, Szlama Grzywacz, Stanislas Kubacki, Césare Luccarini, Missak Manouchian, Armenak Arpen Manoukian, Marcel Rayman, Roger Rouxel, Antoine Salvadori, Willy Schapiro, Amédéo Usséglio, Wolf Wajsbrot, Robert Witchitz.

Strophes pour se souvenir – Louis ARAGON

Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant.

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