Budget pour 2010 : un budget injuste et inefficace
5 octobre 2009
Le gouvernement a présenté la semaine dernière le projet de budget pour 2010 comme un «budget de sortie de crise». Cette présentation est fausse à plus d’un titre : non seulement rien ne garantit que la crise s’achèvera l’année prochaine mais, surtout, nous sommes toujours en pleine crise. Le gouvernement s’appuie sur une anticipation hasardeuse pour détourner l’attention du maintien, réel, de sa politique libérale.
En effet, alors que les licenciements massifs restent la réalité quotidienne, c’est au nom de ce pari sur la « sortie de crise » que le gouvernement justifie les suppressions de postes (34 000 départs en retraite de fonctionnaires ne seront pas remplacés) et limite la hausse des dépenses à celle de l’inflation (niveau de la hausse de l’inflation lui-même incertain alors que la limitation des dépenses sera bien concrète). La prévision gouvernementale de recettes fiscales en hausse surprend également. Elle minore pour le moins à la fois la réalité présente de la crise et les effets des dernières baisses d’impôts (diminution de la TVA sur la restauration et annonce de la suppression de la taxe professionnelle).
La droite invoque une sortie de crise qui n’est qu’hypothétique pour justifier la poursuite d’une politique libérale d’injustice fiscale et sociale qui, elle, est bien réelle. Depuis 2002, la droite n’a cessé de diminuer les impôts progressifs, c’est-à-dire ceux les plus justes socialement. Parallèlement, elle a continuement augmenté les taxes et, depuis 2007, elle a créé pas moins de 19 taxes supplémentaires ! Quand elles ne visent pas à pénaliser encore plus les victimes des conditions de travail, ces taxes créées par N. Sarkozy (franchises médicales, taxes sur les assurances et les mutuelles, sur l’intéressement et la participation ou encore, plus récemment, la taxe carbone) sont toutes payées uniformément quels que soient les revenus. Ainsi, ce sont les classes moyennes et modestes, sur le budget desquelles ces taxes pèsent le plus, qui financent les baisses d’impôt, les niches fiscales et autres bouclier fiscal qui bénéficient aux foyers les plus aisés. Le projet de budget pour 2010 présenté par le gouvernement applique pleinement cette logique libérale : d’un côté, les ménages les plus aisés seront de nouveau exonérés de toute hausse d’impôt ; de l’autre, les taxes continuent de toucher sans discernement l’ensemble de la population.
Si le projet de budget est donc un budget libéral injuste socialement et inefficace en terme de relance économique, c’est parce que le gouvernement compte sur le grand emprunt qu’il entend lancer auprès des particuliers pour financer des investissements qui donneraient un second souffle à son plan de relance asthmatique de janvier dernier. L’intérêt pour la droite est bien réel : faire croire qu’elle a tiré les enseignements de la crise et qu’elle a tourné le dos au libéralisme. D’un côté, le grand emprunt permet au gouvernement d’annoncer qu’il investit et relance l’économie et l’emploi. Mais ce financement demeure à la charge des particuliers et restera peu élevé au regard des besoins… De l’autre, le pari sur la « sortie de crise » permet de maintenir une politique fiscale injuste qui ne favorise que les plus riches et finance une solidarité a minima.
Quoi qu’il en coûte et n’hésitant pas à user d’artifices, la droite poursuit donc en pleine crise la politique libérale qui l’a générée.
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