17 octobre 1961 : lettre ouverte au Président de la République

2 novembre 2009

Avec Didier Daeninckx, lors du débat à La Courneuve sur les Mémoires du 17 octobre

Avec Didier Daeninckx, lors du débat à La Courneuve sur les Mémoires du 17 octobre

Au lendemain de la Fête nationale algérienne et alors que le gouvernement engage un débat public sur l’identité nationale, il est temps que la France reconnaisse officiellement les événements tragiques liées à la manifestation pacifique du 17 octobre 1961 et les violences qui l’ont suivie.

C’est la raison pour laquelle j’ai écrit une lettre ouverte en ce sens au Président de la République.

En voici l’intégralité :

« Monsieur le Président de la République,

Il y a quelques jours, j’ai participé, comme chaque année dans les villes de la circonscription dont je suis élu, aux commémorations de la manifestation pacifique du 17 octobre 1961 et des violences qui l’ont suivie. Chaque année, les mêmes mots reviennent, prononcés notamment par celles et ceux qui ont vécu ces heures sombres de notre histoire nationale. Chaque année, l’émotion est grande parmi les familles qui ont vécu ces violences, encore plus parmi celles qui ont perdu l’un ou l’une de leurs proches, dont le corps n’a parfois même jamais été retrouvé.

Cet événement a longtemps été refoulé de la mémoire nationale, y compris de la mémoire populaire, la manifestation dite « de Charonne » du 8 février 1962 captant toute la lumière des heurts violents qu’a connus cette période en métropole et renvoyant dans l’amnésie collective les faits d’octobre 1961.

Il aura fallu attendre le roman de Didier Daeninckx, Meurtres pour mémoire, en 1984, pour commencer à lever le voile du souvenir, puis, en 1991, le travail de l’historien Jean Luc Einaudi dans La Bataille de Paris, pour que, enfin, les faits commencent à être connus et décrits.

Des noms ont depuis recouvert l’anonymat des centaines de victimes de cette nuit d’octobre et des jours qui ont suivi, comme celui de Fatima Bédar, cette jeune stanoise dont le corps a été retrouvé dans le Canal Saint-Denis, à hauteur d’Aubervilliers. Ces victimes occultées sont redevenues des êtres de chair et de sentiments, aux vies interrompues.

Aujourd’hui, pour que les Français qui ont une ascendance algérienne trouvent leur place dans ce moment de l’Histoire de France, pour que tous les Français regardent en face notre pays, dans ses heures glorieuses comme dans ses heures sombres, pour que nous passions à un nouveau temps des relations entre l’Algérie et la France, il est nécessaire que nous puissions ensemble tourner la page de cet événement. Or, une page blanche ne passe pas. Pour pouvoir tourner la page de l’Histoire, encore faut-il que cette page soit écrite.

C’est pourquoi, Monsieur le Président de la République, je m’adresse à vous. Il vous revient de reconnaître, sous la forme que vous jugerez la plus appropriée, les faits qui ont entraîné la mort d’au moins deux cents personnes et qui en ont blessé des centaines d’autres, en octobre 1961, à Paris et dans la banlieue parisienne.

Ma démarche ne procède pas d’une recherche de repentance de notre pays, mais d’une nécessaire reconnaissance des violences commises par les forces de l’ordre, une reconnaissance qui rendra la France plus forte et plus unie, une reconnaissance qui rendra enfin collectivement hommage aux victimes et à leur mémoire.

Ce geste s’inscrirait dans l’esprit des paroles d’Albert Camus, dans son livre Chroniques algériennes : « Il est bon qu’une nation soit assez forte de tradition et d’honneur pour trouver le courage de dénoncer ses propres erreurs. »

En vous remerciant d’avance, Monsieur le Président de la République, de l’attention que vous porterez à ma démarche et en vous assurant de ma disponibilité pour tout échange que vous jugeriez utile, je vous prie de croire à l’assurance de mes salutations les meilleures. »

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