Démographie médicale : nouvelle reculade du gouvernement

7 juillet 2010

Un an après le vote, dans la loi « Hôpital, patients, santé  et territoires » dite « loi Bachelot », de dispositions pour lutter contre le manque de médecins dans certains secteurs ruraux ou en banlieue, la ministre de la Santé vient d’annoncer leur « gel ». Une reculade dont nous sommes les victimes.

Si la France souffre d’un certain manque de médecins, le gouvernement refuse de revenir sur leur liberté d’installation. Un jeune médecin ou un praticien qui déménage peut s’installer n’importe où y compris dans une zone surdotée, alors que des zones entières manquent de professionnels.

Les patients se rendent pourtant chez les médecins car ils sont remboursés par la Sécurité sociale d’une grande partie des frais de consultation. Sans ces remboursements, les cabinets médicaux seraient vides, mais certaines organisations de médecins oublient cet élément. L’Etat serait donc fondé, en vertu de la large contribution financière qu’il apporte au système de santé, à exiger une meilleure répartition des médecins et autres professionnels de santé. Les habitants de nos villes sont également fondés à l’exiger, leurs cotisations contribuant à rendre solvable l’activité de ces médecins.

Il est choquant qu’un ministre refuse ainsi d’appliquer la loi qu’elle a fait voter par les parlementaires de sa majorité. Mais ce n’est pas tellement surprenant. Pour ne pas écorner la fameuse « liberté d’installation », la ministre avait proposé une usine à gaz inefficace dénoncée y compris par des élus UMP… Elle prévoyait que des médecins de zone dense aillent exercer quelques jours par mois dans les déserts médicaux, dans des zones qu’ils ne connaissent pas, sans suivi des patients ! Faire voter une mesure inapplicable qu’on abandonne pendant l’été – pour éviter d’en voter de sérieuses – voila ce qu’a fait ce gouvernement.

Pendant les débats, les députés socialistes ont pris acte que les mesures incitatives (y compris des villes) étaient un échec. Ma collège Marisol Touraine interpellait ainsi la ministre : « Pourquoi remettre à demain ce qui est urgent aujourd’hui ? Nous le redisons, nous sommes favorables au gel des installations dans les zones surdenses. La liberté d’installation est un principe qui peut être régulé au nom de l’intérêt général, celui de la santé des Français. »

Plusieurs villes de Seine-Saint-Denis manquent de médecins généralistes ou spécialistes. Il n’est plus possible que l’Etat ferme les yeux sur cette réalité qui ne fait que s’aggraver. Sauf mesures fortes, d’ici 20 ans, l’Île-de-France perdrait en moyenne 26 % de ses médecins.

La santé des habitants de nos quartiers ne peut pas être laissée à des arbitrages financiers. La santé fait partie des services essentiels que l’Etat se doit de faire assurer. La gauche devra acter ses propositions pour 2012 pour relever cette exigence de la santé pour tous.

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Un commentaire to Démographie médicale : nouvelle reculade du gouvernement

paul le meut
19 juillet 10

J’ai été généraliste pendant 22 ans, je dirige encore le département de médecine générale de Rennes, et je viens de quitter pour le salariat (ehpad, centre ivg) comme beaucoup de collègues.
Le PS a une vision public/privé de la santé et aucune réflexion sur les soins primaires.
Ma belle-fille, interne de MG, va être PH en soins palliatifs, mon amie, en cours de thèse de MG (« les médecins qui ont dévissé », conclusion provisoire: ils en dosnt heureux), va être médecin en unité Alzheimer. Dans le contexte actuel de marginalisation de la MG et d’aggravation des contraintes (inutiles en terme de démographie: cf la thèse de Aurélie Pilorget que j’ai dirigé), les MG votent avec leurs pieds. Ils s’en vont. Je suis en cours de création d’un site national sur la réonrientation des généralistes.
Bien cordialement Paul Le Meut.

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