Tribune dans Libération : « Pour une République exemplaire »
20 juillet 2010
Voici le texte de la tribune publiée aujourd’hui dans Libération et dans laquelle, avec ma collègue Sandrine Mazetier, députée de Paris et Secrétaire nationale du Parti Socialiste, et avec Mehdi Ouraoui, Secrétaire national adjoint à la coordination, nous montrons que la rénovation de la politique et l’exemplarité de la République doivent aller de pair. Cet article est également paru dans une Note de la fondation Terra Nova.
POUR UNE REPUBLIQUE EXEMPLAIRE
Par Daniel Goldberg, député (PS) de Seine-Saint-Denis, Sandrine Mazetier, députée (PS) de Paris, secrétaire nationale (PS) et Mehdi Ouraoui, secrétaire national adjoint à la coordination (PS)
Un besoin d’exemplarité : tel est bien ce que révèle la tourmente gouvernementale actuelle. Joyandet, Blanc, Boutin, Amara ont montré trop de facilités morales, à un moment où les Français souffrent de la crise, et alors que la rigueur impose des efforts injustement répartis. Et que dire de l’affaire Woerth ? La « République irréprochable » est une des nombreuses promesses restées lettres mortes de la présidence Sarkozy.
C’est pour éviter les errements individuels qu’il faut affermir notre morale collective et renforcer nos garde-fous institutionnels. Le système Sarkozy, malheureusement, fait tout l’inverse : il supprime les contre-pouvoirs, pèse sur les médias et asphyxie la démocratie locale ; il inocule les valeurs de l’argent au sein de l’esprit public. Notre volonté est de restaurer une République exemplaire. Et d’abord en rénovant nos propres pratiques. Avec Martine Aubry, les socialistes ont tourné la page sombre du congrès de Reims. Ils veulent désormais faire du Parti socialiste un parti exemplaire.
Exemplaires, d’abord, au plan éthique. Nous venons de créer une Haute Autorité du Parti socialiste. Inspirée des travaux du constitutionnaliste Olivier Duhamel, elle sera indépendante, composée de personnalités à l’autorité morale reconnue, socialistes et non-socialistes. Elle aura pour compétence les contentieux électoraux et sera chargée de faire respecter les règles d’éthique et de droit qui s’imposent au parti et à ses adhérents.
Exemplaires, ensuite, au plan électoral. Le cumul des mandats continue à distinguer négativement la politique française : nous sommes le seul pays occidental à le tolérer, avec la Belgique. Le cumul empêche le renouvellement du corps politique. Il est la cause première de l’absentéisme parlementaire. Il empêche de se consacrer pleinement à ses mandats. La gauche est crédible sur le sujet : nous avons été les premiers à légiférer, en 1985. Si nous sommes majoritaires en 2012, nous ferons voter une loi interdisant le cumul d’un mandat parlementaire avec un exécutif local, vers le mandat parlementaire unique, mais aussi le cumul de certains mandats dans le temps. L’exemplarité, c’est de nous appliquer à nous-mêmes ces limitations, sans attendre la loi. Nous le ferons, dès les sénatoriales de 2011, en tenant compte de toutes les réalités politiques, face à une droite qui s’exonérera de ces exigences éthiques, et qui théorise même la nécessité du cumul des mandats.
Exemplaires, enfin, au plan sociologique. Nous le savons tous : la classe politique actuelle n’a pas le visage de la France du XXIe siècle. Nous voulons que la gauche ressemble à la société qu’elle doit représenter et réalise enfin la parité, inscrite dans notre rénovation comme la diversité sociale et le renouvellement générationnel. C’est un impératif moral au regard de nos valeurs : la gauche redistribue les richesses, elle doit aussi partager le pouvoir. C’est un lien indispensable avec la société : on voit comment les femmes transforment la politique, dans un monde où l’égalité avec les hommes est encore un combat quotidien. On voit comment le manque de diversité englue des ministres et des élus dans la vision d’une identité nationale archaïque, en retard sur la société. On voit aussi comment les débats sur la solidarité intergénérationnelle, les retraites, la dette, la place des jeunes et des séniors, ne peuvent se tenir en l’absence de nouvelles générations dans l’hémicycle.
Dans les fables de l’Antiquité ou dans les chroniques révolutionnaires, les héros politiques se sacrifient sans réserve sur l’autel du bien collectif. Nous n’exigeons pas que les gouvernants contemporains soient des héros mais qu’au moins, ils ne symbolisent jamais des anti-héros. Et que la République soit toujours exemplaire au service des Français.
2 commentaires to Tribune dans Libération : « Pour une République exemplaire »
Extra, Daniel !
26 juillet 10
M. Goldberg,
Vous avez, avec Sandrine Mazetier et Mehdi Ouraoui, parfaitement résumé la situation. C’est d’exemplarité dont la France a besoin pour se relever de la crise, et c’est d’égalité dont la France a besoin pour qu’un fort sentiment de solidarité puisse se développer entre les citoyens.
Or, le pouvoir actuel n’est jamais en phase avec les recommandations qu’il adresse aux Français. Alors qu’il est demandé aux citoyens de faire des efforts et des sacrifices sur leur pouvoir d’achat et sur leur retraite, on constate que le train de vie de l’Etat n’a pas changé, bien au contraire. Les 176 millions d’€ utilisés pour l’A-330 du Chef de l’Etat en sont le dernier exemple probant. Cela montre bien la considération et le respect, proches du zéro absolu, que porte le Président de la République envers le peuple français.
L’Etat et le Gouvernement n’ont, d’autre part, aucun respect pour la fonction de parlementaire, qui est peut-être pourtant la plus importante de notre pays. Ce sont en effet les parlementaires qui ont, entre autres, la mission importante de façonner le cadre législatif de notre pays, en élaborant nos droits, nos devoirs, et nos interdictions. Ils sont les représentants directs du peuple français.
Pourquoi ai-je cette façon de penser ? C’est très simple : quand on passe par-dessus la décision des parlementaires (qui sont tout de même, je le répète, les représentants des citoyens et des collectivités territoriales de notre pays) pour élire un homme déjà investi de nombreuses missions à la tête du Conseil de surveillance de la Société du Grand Paris, je trouve ça profondément scandaleux. Cette nomination a montré que la France est actuellement une oligarchie, et non une démocratie.
D’autre part, quand j’entends le Gouvernement critiquer l’équipe de France de football, je trouve la situation tristement drôle. Les différents scandales qui touchent les Ministres et Secrétaires d’Etat, de Boutin à Amara en passant par Woerth, montrent que le Gouvernement devrait penser à se remettre en cause avant toute chose !!
Quand le Conseil fédéral de la FFF a décidé d’écarter Karim Benzema et Franck Ribéry de la sélection, prétextant le fait que ces deux joueurs sont mis en examen (et que par conséquent, ils ne sont pas dignes de réprésenter la France), l’Etat s’est bien gardé de signaler qu’on avait permis en 2007 à André Santini de devenir Secrétaire d’Etat chargé de la fonction publique, alors qu’il était mis en examen dans l’Affaire de la fondation Hamon. Dans ce cas, en quoi André Santini était-il plus digne de représenter la France que les deux footballeurs ? C’est pourquoi l’Etat ferait mieux lui aussi de se remettre en question avant de vouloir demander aux sportifs d’être exemplaires !!
Autre sujet sur lequel je vous rejoins entièrement : le cumul d’un mandat parlementaire avec un mandat exécutif local doit devenir interdit. Ainsi, nous pourrons assister à un renouvellement politique français : plus de jeunes et plus de femmes engagés en politique, c’est l’assurance de voir le peuple français mieux représenté à l’avenir !!
J’approuve donc totalement le contenu de votre article. Certains diront peut-être que je suis dur dans mes propos, mais elles ne sont que l’expression des sentiments justifiés d’un jeune séquano-dionysien révolté par la façon dont quelques hommes, placés à la tête de notre pays, se permettent de passer outre les décisions des citoyens et de leurs représentants.
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