Rue89 : « Dans le 93, Daniel Goldberg sacrifié pour les beaux yeux de Guigou »

Alors que de nombreuses personnes continuent de soutenir ma candidature à Aubervilliers-Pantin, le site d’informations Rue89 consacre, après mon interview par Libération, un reportage sur la situation créée pour le parachutage de confort d’Elisabeth Guigou. Vous pouvez lire ce reportage sur le site de Rue89 ou ci-dessous :

« Dans le 93, Daniel Goldberg sacrifié

pour les beaux yeux de Guigou »

Daniel Goldberg, le 21 novembre 2011 à Aubervilliers (Mathieu Deslandes/Rue89)

Daniel Goldberg est un homme blanc. Double inconvénient. A 46 ans, le député de Seine-Saint-Denis est en train d’en faire les frais : il risque de ne pas pouvoir se présenter aux législatives de 2012.

Pour convaincre la commission d’investiture du PS, cet aubryste ascendant fabiusien ne peut invoquer ni parité ni diversité. Il n’est plus non plus assez jeune pour plaider le renouvellement. Le voilà victime d’une de ces histoires absurdes dont la rue de Solférino a le secret.

Conséquence du redécoupage électoral d’Alain Marleix, une des cinq circonscriptions détenues par le PS en Seine-Saint-Denis disparaît. Les contours de celles qui subsistent sont modifiés. Les trois villes qui ont élu Daniel Goldberg sont versées dans trois autre circonscriptions :

  • Aubervilliers (conquise par le PS en 2008) est mariée avec Pantin (PS) ;
  • La Courneuve (PC) vient renforcer la circonscription de Marie-George Buffet (PC) ;
  • Le Bourget (Nouveau Centre) rejoint la circonscription de Jean-Christophe Lagarde (NC) ;

Goldberg veut donc rester député d’Aubervilliers. C’était compter sans Elisabeth Guigou.

Bondy, la principale ville de l’actuelle circonscription de l’ex-garde des Sceaux, a été partagée entre les circonscriptions 9 et 10. Elle voulait bien de la neuvième, mais elle comprend les villes où Claude Bartolone milite « depuis toujours ». Alors, la dixième ?

Guigou : « J’estime avoir le choix »

Non : la sixième, plus à gauche, lui a semblé moins risquée. « J’estime avoir le choix, en tant que seule femme députée sortante, de la future nouvelle circonscription dans laquelle je me présenterai au suffrage des militants et des électeurs », a-t-elle justifié sur son blog, où elle se pose en symbole de la parité.

Les instances nationales du PS, où Guigou, 65 ans, a été soutenue par des proches de Jospin et Delanoë, ont aussitôt décidé de la réserver à une femme. Et Goldberg s’est retrouvé coincé :

« Je trouve déplorable que l’on utilise la juste cause de la parité pour justifier un parachutage de confort. C’est la même chose à La Rochelle. »

Un membre du bureau national du PS compatit :

« On prône le noncumul mais dans ces histoires, les bons élèves qui n’ont pas conservé de mandat municipal sont honteusement baladés. »

Les militants de Bondy sont eux aussi désorientés. « Ils ont accueilli Elisabeth à la demande de François Hollande quand elle a été parachutée en 2002 après son échec à Avignon », rappelle le sénateur Gilbert Roger, ancien maire de Bondy.

Meetings antiracistes

Goldberg reconnaît qu’il n’y a « pas de solution simple ». Mais il estime qu’il a déjà donné : investi par le PS en 2002, il avait accepté de retirer sa candidature pour ne pas faire d’ombre à la communiste Muguette Jacquaint suite à un accord entre les deux partis.

Surtout, il a l’impression que son parti fait plus de cas de « ceux qui passent leur temps sur les plateaux télé » que de ceux qui labourent patiemment des terres hostiles : « Quand je me suis engagé, il n’y avait rien à gagner ici. Le PC passait au premier tour. »

Issu d’une famille de commerçants (« dans les vêtements »), il a commencé à militer à 16 ans, en 1981, « entre la présidentielle et les législatives ».

Etudiant à Villetaneuse, il participe aux débuts de « l’aventure SOS Racisme » en 1984. Il parle avec enthousiasme d’éducation populaire et de meetings antiracistes. A l’époque, il écoute Julien Dray, Marie-Noëlle Lienemann, Jean-Luc Mélenchon et a la conviction de contribuer à un « encerclement idéologique des idées du Front ».

La politique lui plaît comme ça. On lui propose d’entrer au conseil municipal de La Courneuve en 1989. Il décline. Il a une thèse sur la mécanique des fluides à terminer et l’indépendance financière à conquérir.

La proposition de loi « Welcome », c’était lui

Finalement élu député en 2007 (« Avant moi, le dernier député socialiste élu ici était Pierre Laval, les électeurs m’ont permis de laver l’honneur de ma famille politique »), ce maître de conf en mathématiques est à l’origine, en mars 2009, de la « proposition de loi Welcome » qui visait à dépénaliser le « délit de solidarité » :

« Eric Besson nous avait expliqué que le délit de solidarité n’existait pas. Tous les jours, pourtant, on refuse la nationalité française à des femmes qui ont hébergé le père de leurs enfants à un moment où ils n’avaient pas de papiers non plus. C’est une forme de délit de solidarité. »

Trois mois plus tard, alors que le Congrès est réuni à Versailles, il est l’un des initiateurs de la protestation des parlementaires, devant la salle du Jeu de Paume, contre la « vassalisation du Parlement au profit du président de la République toutpuissant ».

Il s’étonne encore qu’à l’Assemblée, ils ne soient qu’une poignée à « porter la voix des quartiers » populaires :

Il y a François Pupponi, Claude Bartolone, moi, Henri Jibrayel à Marseille, Jean-Yves Le Bouillonnec à Cachan, Jean-Christophe LagardeQui d’autre ? Pourtant, quand une voiture brûle à ClichysousBois, c’est un problème à la France qui est posé. Pendant les émeutes de 2005, La Défense s’est arrêtée. La question est de savoir si la France veut continuer à marcher sur une seule jambe ou avancer plus vite, avec nous. »

Comme dans la chanson de Zebda

Quand on lui demande de décrire la vie dans son coin de banlieue, il cherche une formule en silence puis décide de répondre en chanson :

« J’aimais bien Jacques Higelin quand j’étais jeune. Il avait fait un album “Tout est permis, rien n’est possible” [Il s’agit en fait d’un album de Bernard Lavilliers, ndlr]. Ici, c’est un peu ça.

C’est aussi la chanson de Zebda, “Je crois que ça va pas être possible”… Et ça commence tôt. Regardez le choix de langues dans les collèges du département par rapport à ce qui est proposé à Paris. Que faiton pour que les jeunes qui grandissent ici aient les mêmes possibilités que les autres ? »

Les militants qui lui sont acquis jugent qu’il est « vraiment de gauche, lui ». Dans le café d’Aubervilliers où l’on discute, la conversation est interrompue par un défilé de soutiens. Goldberg : « Je vous jure que ce n’est pas une mise en scène ! »

Tiens, voici l’écrivain Didier Daeninckx précédé par un rideau de cheveux filasses : « Le PS va pas m’obliger à voter Front de Gauche, quand même ? » Goldberg est aux anges.

« Très gêné » par la liste du Crif

Daniel Goldberg figure sur la liste des « évincés » dressée par Richard Prasquier, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France. Cela l’a d’abord laissé sans voix : « Faire une liste de Juifs… » Le député explique qu’il a été « très gêné » : « Ma famille est arrivée ici dans les années 1930, je n’ai jamais eu à m’en justifier. Et je ne me suis jamais qualifié autrement que comme élu de la République. » Il ajoute : « Peutêtre que cela suscite de la polémique intellectuelle dans les quartiers aisés. Mais ici, c’est une allumette. Les extrêmes de chaque côté s’en saisissent. »

Partager sur :
FacebookTwitter

Inscrivez-vous à la newsletter