Dimanche prochain, je voterai Benoît Hamon

Au lendemain du premier tour des primaires de la gauche, plusieurs évidences s’imposent.

D’abord le fait qu’une large majorité de celles et de ceux qui se sont déplacés hier ont voulu montrer leur opposition à la ligne politique représentée par Manuel Valls. Une ligne non pas sociale-démocrate, terme qu’il ne revendique pas lui-même, mais une volonté profonde et assumée à plusieurs reprises de changer durablement les bases de ce qui a fait le passé et le présent et, j’en suis convaincu, l’avenir de la gauche. Avec, il faut le reconnaître une honnêteté de sa part qui lui fait préférer Clémenceau à Jaurès. Ce n’est pas et ce ne sera jamais le sens de mon engagement.

M. Valls a ainsi voulu, à plusieurs reprises lorsqu’il était Premier ministre, forcer brutalement la gauche à rendre les armes à nos opposants, de Jouy-en-Josas en août 2014 à la réforme du marché du travail où la flexibilité devait devenir la norme sans protections à la hauteur, des aides massives et non ciblées aux entreprises à l’extension de la déchéance de nationalité revendiquée. Ceux qui étaient alors, avec une forme de mépris, appelés les « frondeurs » à ces moments du quinquennat se retrouvent approuvés majoritairement hier. Et c’est finalement une faute lourde de François Hollande d’avoir rétrécis son champ de vision et de n’avoir pas compris que ce que nous représentions était à prendre avec moins de condescendance que cela n’a été.

Ce soutien majoritaire hier aux positions que j’ai défendues dans ce quinquennat est finalement réconfortant, même si j’aurais souhaité que nombre de celles et de ceux qui se sont exprimés avec force et conviction ces derniers jours dans le cadre de ces primaires soient moins muets depuis 2012 quand il s’est agi à ces moments décisifs d’exprimer des désaccords, et notamment lors du dernier congrès du Parti socialiste ou lors des débats parlementaires où, avec quelques dizaines de députés, nous étions bien seuls. Le cours du quinquennat en aurait été à coup sûr changé.

Avec Arnaud Montebourg, j’ai voulu rester fidèle aux tentatives de réorientation politique que nous avons proposées à plusieurs reprises par nos amendements et prises de position : sur le plan européen où à coup sûr un nouvel accord doit voir le jour – et je me félicite de convergences sur ce point avec V. Peillon et ses amis – , sur les axes de notre politique économique avec des investissements ciblés capables d’entraîner une transformation économique, numérique et écologique de notre société, sur le préservation de notre modèle social qu’il faut sans cesse réadapter aux nouvelles formes de l’économie de marché, sur la nécessité de redonner confiance à notre industrie et à nos PME innovantes pour bâtir un avenir à notre pays et enfin sur l’urgence de faire évoluer profondément nos institutions.

Benoît Hamon aura su mieux traduire la demande de renouvellement, de changement d’horizon, de prise en compte des dangers en termes de développement durable qu’attendaient les citoyens participant à ces primaires et je le félicite de son succès. Chacun connait mes doutes par rapport à certaines des ses propositions, mais ceux-ci n’entrainent en rien une hésitation sur mon choix pour dimanche prochain.

Dimanche 29 janvier, comme je l’ai déclaré dès hier, je voterai pour Benoît Hamon afin de permettre à la gauche de rester fidèle à ce qu’elle est dans le cœur de toutes celles et tous ceux qui aspirent toujours au progrès partagé dans le cadre d’un destin collectif.

Enfin, il nous faudra néanmoins nous interroger sur cet exercice démocratique des primaires, encore nouveau et qui peine finalement toujours à trouver sa place. Si le résultat est indiscutable et la participation correcte au vu du contexte de gâchis ressenti par nombre de citoyens de gauche à la fin de ce quinquennat, c’est bien tout le système institutionnel de cette 5ème République corsetée qui est à bout de souffle : des institutions peu représentatives et peu en phase avec les mouvements profonds de la société, des partis politiques qui ne pensent plus, vidés de leur sens et de leurs militants, tout juste capables de se transformer en organisateurs de scrutin, une citoyenneté épuisée dans laquelle celles et ceux des classes moyennes et populaires notamment les plus en difficulté, ne se reconnaissent plus et pratiquent une forme de défiance démocratique. A force de trouver des dérivatifs à une profonde réforme institutionnelle et des rapports entre élus et citoyens, le risque est de s’approcher du suffrage censitaire – où les mieux intégrés socialement décident pour tous -, voire de réaliser la prophétie de la note de Terra Nova de 2011, engageant à délaisser le terrain social pour les questions de société.

L’intérêt de ces primaires est donc plus de mettre en évidence ce déficit démocratique que de pouvoir y répondre pleinement elles-mêmes. Ce constat renforce-t-il les deux candidats auto-désignés, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, qui ont choisi de ne pas y participer ? Non, car leur voie respective est une forme d’impasse pour la gauche, électoralement et sur le fond des idées. Mais cela, c’est le débat qui commence le 30 janvier, avec le sujet entier du rassemblement s’il est encore possible, des gauches et des écologistes.

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