Grèce : un accord vaut mieux que pas d’accord, mais cet accord laisse entier le problème de la Grèce et de l’Europe

Hier, à l’Assemblée nationale, j’ai choisi d’approuver la démarche de la France de recherche d’un accord permettant à la Grèce de rester dans la zone euro. Essentiellement car je souhaite soutenir la démarche d’A.Tsipras et que, quels que soient mes doutes, voire plus, mes oppositions sur le contenu de l’accord, je l’aurais approuvé si j’avais été parlementaire grec, comme l’a fait cette nuit une majorité de députés de Syriza.

Ce choix est difficile pour les Grecs eux-mêmes tant les mesures d’austérité qu’il contient laissent peu de place à un espoir durable de sortie de crise. Il est aussi synonyme d’une certaine forme de main mise sur un pays par un mécanisme et des choix économiques non validés par les européens eux-mêmes : c’est donc, au-delà même du seul cas grec, la question du sens de la construction européenne qui est posé.

Il fallait éviter un Grexit…

Sans accord, la sortie de la Grèce de la zone euro (ie : Grexit) dès lundi 13 juillet était programmée. Elle était même voulue délibérément par les milieux les plus conservateurs et libéraux en Europe comme en France. Les déclarations des dirigeants de la droite française ont été très claires sur le sujet. Le Grexit aurait plongé les Grecs dans un inconnu chaotique. Cette sortie de la zone euro était massivement refusée par les Grecs, y compris lors du référendum du 5 juillet, et en premier lieu par A. Tsipras. Mais le Grexit aurait aussi eu des conséquences désastreuses pour l’Europe avec le symbole d’un pays qui sort de la zone euro du fait de son niveau de difficultés. Cela aurait immanquablement entrainé la question de savoir quel aurait été le suivant, l’Espagne ou le Portugal. Les conséquences économiques pour les pays les plus fragiles auraient été certaines, avec par exemple une montée des taux d’intérêts. Par ailleurs, le remboursement de l’insoutenable dette grecque ne serait plus posé : la Grèce revenant au drachme n’aurait plus rien remboursé à ses voisins européens. car il est quand même utile de rappeler que la dette grecque vient d’une substitution d’une dette privée par une dette publique (pour sauver les banques, les états ont racheté les dettes en cours). L’accord intervenu se traduit par une aide immédiate à la Grèce de 86 milliards. Le rôle de la France, de François Hollande en particulier, a été décisif pour éviter le pire.

Mais cet accord ne règle rien

Le contenu de l’accord marque une orientation politique qui, au-delà du mot galvaudé de « réformes », fait peser avant tout sur les Grecs le résultat d’une situation dont ils n’ont pas l’entière responsabilité avec une forte hausse de la TVA, des retraites menacées, des privatisations massives,… Le point positif, obtenu dans les dernières minutes de la négociation, est qu’une partie des fonds recueillis soit utilisée pour permettre des investissements d’avenir, avec des décisions prises en Grèce…et non au Luxembourg comme cela était envisagé.

Certes, il fallait en finir en Grèce avec un système clientéliste entretenu pendant des décennies par ceux qui ont dirigé auparavant le pays. Mais le symbole envoyé à l’ensemble des peuples européens est significatif et sans ambiguïté : « il n’y a qu’une seule politique possible » (sic), faite d’austérité et de chômage. Et c’est en cela que ce plan est sans perspective. Parce les mesures décidées risquent fort de conduire le pays vers une plus grande récession, il est d’ailleurs dénoncé par de nombreux économistes de tous bords, y compris par le FMI qui pointe le fait de ne pas avoir aborder la restructuration de la dette grecque.

Le règlement de la situation grecque devrait être le symbole d’un nouveau démarrage de l’Europe, sur des rails de progrès social et d’avancées démocratiques. Nous avons vécu une offensive libérale et austéritaire à peine contenue par la voix de la France.

L’avenir de l’Europe sera ce que les Européens en feront : les dirigeants qui  continuent de faire comme si les peuples pouvaient tout supporter nous approchent de l’abîme, les citoyens qui se désintéressent de ces questions laissent à d’autres le soin de nous emmener dans une succession d’impasses. Il est temps de prendre des initiatives pour permettre à une vraie conscience européenne de gauche d’émerger, avec des solutions crédibles et capables d’emporter des majorités d’idées.

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