Claude Dilain : Merci

Pour moi-même comme pour beaucoup d’habitants de Seine Saint-Denis, des quartiers populaires en général, Claude Dilain était un repère, à la fois phare et balise.

A chaque fois qu’il prenait la parole, la même écoute se faisait instantanément, le même sentiment que des mots graves et justes étaient posés pour décrire la réalité d’une situation que nous connaissons bien sur le terrain. Cela a encore été le cas lorsqu’il s’était exprimé sur la situation de notre pays après les attentats de janvier, sur la nécessité de rassembler « la France qui a mal et se détourne, et la France qui a peur et se recroqueville ».

J’ai connu Claude militant infatigable pour arracher sa ville de Clichy-sous-Bois à une situation de mauvaise gestion et des comportements racistes d’un élu installé se réclamant de la gauche. Devenu maire et se dépensant sans compter, il était fier de pouvoir dire « On peut être une ville pauvre et de pauvres et bien gérée ». C’était son honneur et il avait raison.

J’ai vu Claude régulièrement appelé par tous les pouvoirs pour comprendre nos quartiers, régulièrement visité pour trouver des solutions. A chaque fois, finalement, se faisait la même réponse : nous demandons juste l’égalité. L’égalité et non l’aumône ou la commisération. L’égalité en premier lieu pour les jeunes qui grandissent ici et pour lesquels la République est une promesse au goût, pour le moins, d’inachevé.

Je savais la fidélité de l’engagement de Claude envers son parti, mais une fidélité toujours exigeante dans ses combats pour plus de justice sociale, ne comprenant pas pourquoi les choses avançaient finalement si peu. Et combien de réunions, y compris, dans nos sphères militantes ou dans des ministères, où nos regards se croisaient et se disaient : « Encore une fois, ils n’ont pas compris. » Et toujours chez lui, la même obstination tranquille, la volonté de l’écoute de l’autre, la colère juste retenue pour bien faire comprendre que l’on ne céderait pas à obtenir le meilleur pour celles et ceux qui en ont le droit.

Et puis Claude était une fierté pour tous ceux qui partageaient ses convictions. Fierté des mandats conquis dans la dignité du débat politique. Fierté de son souci de faire émerger de nouvelles générations à la chose publique. Fierté du travail engagé dans  l’association Ville et banlieue. Fierté de l’application volontaire du non-cumul des mandats par le passage de relais à la tête de la mairie de Clichy-sous-Bois à Olivier Klein. Fierté de son accession, enfin, à un mandat de parlementaire pour toujours « changer la vie ». Fierté de sa nomination à la tête de l’Agence nationale pour l’amélioration de l’habitat (ANAH) où il s’était engagé depuis un an, comme toujours, avec passion.

Enfin, fierté pour moi d’avoir constitué avec lui un tandem de rapporteurs de la loi ALUR. Lui au Sénat, moi à l’Assemblée nationale, pendant des mois nous avons travaillé ensemble, ligne après ligne, article après article, pour améliorer les rapports bailleurs / locataires, pour responsabiliser les professionnels de l’immobilier, pour mieux prévenir les expulsions, et,  bien sûr, pour lutter contre les copropriétés dégradées, les marchands de sommeil et tous ceux qui prospèrent, dans le domaine du logement, sur la détresse humaine.

Ses proches le pleurent et je ne peux que m’associer, autant que faire se peut, à leur douleur. Ce sera le cas demain matin à Clichy-sous-Bois, dans un hommage républicain, en présence de François Hollande.

Nous allons continuer le chemin. Mais sans son regard attentif à nos côtés, sans son sourire fait d’humanité partagée, sans la force de son engagement, je sais déjà qu’il sera plus difficile.

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