La Gauche portugaise, cet exemple

Avec la mise en minorité du premier ministre sortant Pedro Passos Coelho, la gauche peut à nouveau dans les prochains jours diriger le Portugal, un des pays qui a le plus souffert de l’austérité qui s’est déchaînée en Europe depuis 2008. Elle a même provoqué une spectaculaire émigration de sa population vers… ses anciennes colonies ! Aujourd’hui, l’espoir y est de retour.

Face à une droite qui a mis en oeuvre une politique d’austérité et qui, avec José Manuel Barroso, a eu un président de la Commission européenne qui n’a pas pris la mesure des effets de la crise financière sur les économies et les peuples, l’enjeu était fort pour les élections législatives qui se sont tenues il y a deux semaines. La droite au pouvoir y a obtenu 36,9 % des voix et 107 sièges au parlement alors que la majorité absolue était de 116 sièges. Disposant désormais de 122 sièges, la Gauche est répartie en quatre formations, jamais unies ensemble en même temps depuis la fin de la dictature salazariste. Dans ce contexte, Antonio Costa, le responsable du Parti socialiste (32,3 % des voix), le Bloc de gauche et le Parti communiste (18 % des voix à eux deux), et le petit parti écologiste sont parvenus à surmonter leurs différences pour trouver les voies d’un programme commun. Même l’extrême gauche devrait apporter un soutien sans participation au futur gouvernement.

Pas moins de 138 pages viennent décrire les choix du futur gouvernement avec notamment l’arrêt du gel des retraites ou l’objectif de porter le salaire minimum de 505 à 600 € d’ici quatre ans. Il est également question de stopper des privatisations de services publics comme les réseaux de transports de Lisbonne et Porto, ou le projet de la droite de faciliter la rupture des contrats de travail.

Rien ne sera facile pour cette Gauche unie. On peut craindre, notamment, que les plus zélés des libéraux du FMI ou de l’Union européenne tentent de faire pression pour combattre ce qu’ils verront comme une hérésie. D’où l’importance d’un accord qui prévoit de garder un faible déficit budgétaire (avec un objectif assumé par tous de seulement 1,5 % de déficit du PIB en 2019) afin de ne pas devoir brader sa souveraineté à des bailleurs de fonds. Pour réussir son alliance, la nouvelle coalition de la Gauche portugaise devra pouvoir compter sur le soutien populaire. Un soutien exigeant mais déterminé. Un soutien qui aura appris à hiérarchiser dans le temps ses priorités : tirant profit de l’expérience des premiers mois de SYRIZA, le futur gouvernement de gauche du Portugal s’est doté d’un programme d’action commun.

Après la victoire inattendue de Jeremy Corbyn au congrès du Parti travailliste anglais qui a montré que les citoyens souhaitaient que ce parti donné pour toujours « blairiste » pouvait être de nouveau le vecteur des aspirations du peuple de gauche, cet accord au Portugal est une autre bonne nouvelle sur la nécessité pour la gauche de s’unir. En France, la récente création du « Mouvement commun » montre d’ailleurs que l’enjeu n’est pas de se positionner par rapport aux partis, mais de rassembler au-delà des partis et non d’être un collectif de plus.

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