Le temps des choix, entre sursaut ou déclin

La démission du gouvernement de Manuel Valls cristallise une situation qui couve depuis plusieurs mois. Notre pays connait une crise d’identité, de croissance, de confiance en elle-même et en ses possibilités. Le chômage de masse attaque les fondements des liens sociaux. La perte de compétitivité de nos entreprises est pour beaucoup le résultat d’un pays qui s’est trop vécu pendant des années comme moderne parce que tournant le dos à l’industrie productive pour préférer les services et les délocalisations de toutes les valeurs ajoutées.

Dans ce contexte, les perspectives économiques montrent en quoi le vieux modèle d’une croissance très élevée est dépassé. Pire encore, les choix européens tantôt voulus, tantôt subis nous entrainent dans une austérité généralisée sans perspective autre qu’une crise sociale et démocratique à l’échelle du continent. C’est dans ce cadre que les réformes engagées depuis deux ans sont interrogées, particulièrement les choix de ces derniers mois.

La responsabilité de la gauche au pouvoir est de dégager un chemin, de proposer des solutions et d’entrainer avec elle une majorité sociale et politique qu’elle représente autant qui la porte. Penser que l’on a raison et que l’avenir nous rendra justice une fois le chemin parcouru est oublier un élément fondamental de l’équation : la gauche ne peut gouverner sans soutien populaire. Si nous pouvons espérer gagner des élections malgré ou avec une abstention élevée, le réel nous rattrape dès les premiers obstacles. Car contrairement à la droite, nous n’avons pas d’autres moyens que le soutien de celles et ceux qui nous ont élus pour nous permettre de les franchir.

C’est tout le paradoxe d’une telle situation. Même protégé par la force de nos institutions, on ne peut se soustraire à l’extrême faiblesse qu’elles procurent sans soutien. C’est aussi pour cela que cette Vème République corsetée est asphyxiante pour notre démocratie et qu’il convient de la faire évoluer : elle ne permet pas de passer le gros temps du changement de modèle qui est devant nous.

J’ai choisi, après les élections municipales, d’exprimer publiquement et notamment par mes votes, les interrogations dont je faisais part précédemment dans le seul cadre du groupe socialiste. Il faut éviter les faux débats : personne ne pense qu’une politique de la demande, une seule relance classique, est le chemin utile pour notre pays. Mais comment ne pas ressentir comme unijambiste celui proposé qui conduirait à préférer une seule politique de l’offre, un seul mot d’ordre, la baisse des coûts salariaux,  avec quelques agrégats sociaux pour en gommer les aspects les plus durs.

Nous ne sommes pas condamnés à choisir entre l’offre et la demande, car ce choix est celui du passé. Passons du « Ni Ni », au « Et Et » : Et une offre accrue pour gagner en compétitivité et redresser nos secteurs de pointe, Et une demande plus soutenue pour garnir les carnets de commandes, permettre de se loger, de se soigner, de se vêtir, d’étudier, de consommer. C’est « le bon chemin » qu’a évoqué à plusieurs reprises mon collègue Pierre-Alain Muet notamment.

Enfin, ne nous laissons pas enfermer dans le dogme qui serait que pour être socialiste et moderne, il faudrait être moins de gauche. Celui-ci date là aussi du siècle dernier et mériterait un inventaire précis tant ses résultats aussi sont critiquables. Le seul point assuré auquel ce choix a conduit, notamment en Grande-Bretagne et en Allemagne, est ensuite l’incapacité à long terme pour la gauche d’avoir la confiance de la population.

Le sursaut ou le déclin, c’est l’alternative qui est devant la gauche française et européenne et à laquelle nous ne pouvons nous soustraire.

Au moment où j’écris ces lignes et où en France le temps s’est accéléré, il est encore possible de faire de cette démission du gouvernement un moment utile où l’ensemble des Socialistes prenne le temps de se retrouver, au sens propre.

Cela nécessite de ne pas précipiter les choix qui doivent être faits, de prendre, enfin, le temps de l’écoute, afin de se rassembler et même de proposer aussi à une large partie de la gauche les moyens d’une démarche de nouveau commune, reprenant ainsi ce qui a permis nos conquêtes passées. C’est encore possible et c’est surtout souhaitable pour que « Vive la Gauche ».

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