Voeux à la population : « donnons ensemble plus de force, d’audace, d’unité et de ferveur à notre pays »

Comme chaque année, j’ai présenté mes voeux aux habitants d’Aulnay-sous-Bois, Pavillons-sous-Bois et Bondy. Voici mon intervention :

Vœux à la population

24 janvier 2017

 

« Mesdames, Messieurs, cher-e-s ami-e-s,

C’est un vrai plaisir de vous retrouver ici, ce soir, si nombreux. C’est quelque part une fierté de pouvoir tous vous accueillir, fort de la diversité des villes que j’ai l’honneur de représenter à l’Assemblée nationale, Aulnay-sous-Bois, Les Pavillons-sous-Bois et Bondy, fort de celles et de ceux qui sont venus de plus loin en Seine-Saint-Denis et même d’ailleurs encore, fort des citoyens engagés de la société civile, des acteurs culturels, des agents des services publics, de ceux qui créent et développent du savoir-faire dans leur entreprise, fort des amis toujours présents à mes côtés – c’est d’ailleurs à cela que l’on reconnaît les amis -, fort des personnalités que vous êtes toutes et tous. Vous tous, rassemblés ici ce soir pour ce moment à la fois politique et festif, je vous l’avoue, vous êtes une part de la France que j’aime.

Et, pour l’honneur qu’il me fait ce soir d’avoir accepté d’être présent, je tiens très sincèrement à remercier Osvaldo Torres, grand artiste, chanteur, compositeur, poète et peintre chilien, résistant à toutes les oppressions, de nous faire partager son art. Merci Osvaldo. Comme à votre habitude, vous aurez fait vibrer nos cœurs et nos âmes par vos qualités musicales et humaines.

Mesdames, Messieurs, cette France que j’aime, elle sait d’abord se rassembler sur l’essentiel. Et l’essentiel figure dès l’article 1er de notre Constitution qui énonce que : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. ». Chaque mot a un sens : une République, indivisible, laïque, démocratique, sociale. Et c’est parce que ces cinq mots sont réunis que l’ensemble forme un tout cohérent, qu’ils définissent des valeurs de progrès partagé dans une ambition d’un destin collectif. A nous tous de faire vivre au quotidien ce pays rassemblé sur l’essentiel pour rendre notre France plus belle, plus forte et plus audacieuse.

Et je dois vous dire mon sentiment dans ces temps de confusion : c’est toujours bien de se souvenir de l’essentiel quand on se prépare à faire des choix qui vont engager durablement le pays, comme ce sera dans cette année 2017, au moment de l’élection présidentielle.

Car enfin, il ne suffit pas de s’affubler des mots « Les Républicains » pour l’être quand on défend un programme de purge sociale, que l’on veut casser la Sécurité sociale et toutes les solidarités, que l’on chasse les plus faibles à coups d’arrêtés municipaux et que l’on utilise le service public communal pour empêcher, par des décisions que je ne peux qualifier autrement que d’homophobes, des messages de prévention sur la santé, donnant avec tout cela une image déplorable de la ville d’Aulnay-sous-Bois.

Et encore je ne parle pas des rapprochements avec la gestion des Estrosi à Nice, Dassault à Corbeil ou Balkany à Levallois.

Et il suffit encore moins de se qualifier de national pour l’être quand, par un ripolinage de façade en passant du père à la fille, on veut faire oublier que le racisme est le moteur qui transpire de chacune de leurs déclarations. Madame le Pen recherche les parrainages de Poutine et de Trump pour peser sur notre destin collectif.

Et aucune raison personnelle ne justifie l’utilité supposée d’un vote pour une famille qui fait de la haine à peine dissimulée son fonds de commerce. Je vous le dis ici, de manière calme et déterminée, et je sais pouvoir le dire avec vous tous ici présents : nous ne les laisserons pas faire.

En effet, nous sommes tous ici représentatifs de ces quartiers de la France souvent en manque de reconnaissance, de ces parties du territoire national pour lesquelles, je vous le dis, j’en ai assez d’un certain regard de commisération, d’une ambiance « pièces jaunes » à notre égard, de ces paroles trop souvent entendues du style « Il faut toujours leur en donner plus. Ils n’en ont jamais assez. ».

Je l’affirme ici devant vous et vous le savez bien pour le vivre au quotidien : tous les jours et tous ensemble, par notre travail et nos actions, par les réussites qui émergent, et sans nier aucune difficulté, ici, en Seine-Saint-Denis, nous apportons déjà beaucoup à la richesse nationale, nous participons grandement au développement de notre pays. Et je mets même au défi quiconque de démontrer que nos territoires en difficulté sont traités juste à égalité par rapport à la moyenne nationale. Car l’égalité, pour nous, dans bien des domaines, ce serait déjà beaucoup !

Et enfin, malgré les problèmes jamais totalement surmontés et les nouveaux qui surviennent régulièrement, malgré ce qui décourage parfois dans la mal vie de nos quartiers, malgré le chômage qui dévore des vies et des familles, malgré le manque de pouvoir d’achat pour vivre tranquillement, malgré les difficultés financières pour beaucoup dès le 10 du mois, malgré les problèmes d’accès aux soins ou au logement, malgré le manque de sécurité, malgré tout cela, je vous le dis : moi, j’aime la Seine-Saint‑Denis !

J’aime la Seine-Saint-Denis avec ces écoles où les enseignants se démènent tous les jours pour la réussite de tous les enfants, ces lieux de soins et ces hôpitaux dans lesquels les médecins, les infirmières et les aides-soignantes donnent un sens plein à la notion de service public – y compris lorsqu’ils exercent à titre privé ! , avec les pompiers et les policiers qui assurent notre sécurité au quotidien et souhaitent avant tout servir celles et ceux qui habitent ici, avec les services aux citoyens prodigués par les fonctionnaires que d’aucuns jugent toujours trop nombreux… sauf bien entendu lorsqu’à titre personnel, ils n’ont pas immédiatement la réponse à leur sollicitation, avec encore le dynamisme des entreprises de notre territoire qui pensent le temps long et sont en symbiose avec les villes qui les accueillent, avec celles et ceux qui se mobilisent pour créer du lien social innovant.

Mais avec tous cela, je dois vous dire que ce que j’aime le plus en Seine-Saint-Denis, ce sont les habitants de Seine-Saint-Denis !

Souvent rebelles, pas toujours au fait des codes qui font réussir en société, moqueurs face à la France rabougrie et rance, celle du « chacun pour soi », celle qui nous regarde de haut, celle qui ne voit que le passé en oubliant les valeurs portées lors des heures les plus sombres de notre histoire, ces heures où, comme la famille Pouget qui cachait une petite fille juive dans l’Hôtel de ville d’Aulnay ou Henri Varagnat à Bondy, quand quelques femmes et hommes déterminés sauvaient l’honneur de notre pays alors que d’autres collaboraient.

Alors oui, la France a besoin de la Seine-Saint-Denis ! Et c’est ce changement de regard que j’attends de celui qui sera le prochain Président de la République. Oui, il faut que notre pays le dise clairement, et notamment à nos jeunes diplômés qui se cherchent encore un avenir : « La France a besoin de vous. ». Et cela doit se traduire en actes, notamment par des recrutements dans les bassins d’emplois de notre territoire.

Car, dans le nouvel ordre du monde instable qui se met durablement en place où les USA et la Russie vont jouer contre nos démocraties, où les oppositions entre sunnites et chiites dans le monde arabe ont des conséquences pour l’Europe et le monde, où les pays dits émergents, l’Inde, la Chine et le Brésil connaissent des difficultés, dans un monde où la concurrence exacerbée est la règle, comment la France pourrait se priver des talents et de l’énergie de nos territoires ?

Car la France, c’est toute une histoire, faite de sédimentation par des arrivées successives sur notre sol de femmes et d’hommes qui avaient décidé d’y vivre ! Il nous faut sortir de la déprime collective. Oui, nous connaissons des difficultés, nous n’avons plus les moyens économiques et stratégiques de nos ambitions passées.

Mais cela justifie-t-il de passer de la générosité des Lumières, de Molière ou de Victor Hugo à une nouvelle forme collective où l’autre serait avant tout un problème, où il faudrait se protéger de tous et de tout ? Et je dois dire que j’ai eu honte pour mon pays lorsque, sur le sol allemand, un Premier ministre a donné le sentiment de faire la leçon à Angela Merkel dans son choix d’accueillir les réfugiés du conflit syrien.

De la période que nous vivons peut sortir le pire comme le meilleur. Antonio Gramsci, théoricien politique italien, le disait : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. ». Jamais les demandes de reconnaissance des individus n’ont revendiqué autant une reconnaissance personnelle, ce qui conduit à une forme de société atomisée. Et pourtant, nombre d’expériences montrent que le collectif est toujours présent, par des mobilisations dans les quartiers, dans les associations et les clubs sportifs, dans les fabs labs ou les AMAP, ou encore autour de certaines causes plus ponctuelles.

Quel est alors le rôle des élus et des responsables politiques ? Contrôler ces mouvements citoyens à tout prix ? En avoir peur, comme, à plusieurs reprises à Aulnay où des membres du cabinet du maire se sont mis à filmer sans autorisation des parents d’élèves qui revendiquaient une autre organisation du temps scolaire, le fait que les cours aient lieu le mercredi plutôt que la samedi matin et, devant le manque de dialogue, étaient venus en mairie pour comprendre le choix de leurs élus ?

Non, le rôle des formations politiques et des élus est justement de favoriser la prise de responsabilité par les citoyens eux-mêmes, même si c’est plus difficile, que cela dérange, que l’on a parfois le sentiment de perdre du temps – ce qui n’est jamais le cas. Dans nos sociétés complexes, le chemin pour arriver à la solution compte autant que la solution elle-même. Quand je vois la manière dont la révision du PLU a été engagée à Bondy, chère Sylvine, dans une co-construction avec les habitants, et ce qui a été réalisé ici, chacun peut mesurer la différence de style, de moyens et d’ambition.

Mais, c’est aussi valable pour ceux à gauche qui pensent avoir raison parce que trois conseillers et deux enquêtes d’opinion leur ont dit. Sur l’extension de la déchéance de nationalité par exemple, nous étions peu nombreux, il y a un an exactement, à nous y opposer.

Je vous le disais ici même, lors de mes vœux pour 2016, car je vous devais la transparence de mes choix. Et je revois aujourd’hui ceux, à gauche, qui me jetaient un regard noir parce que j’exprimai mon désaccord, comme ceux qui n’ont rien dit ou rien fait à ce moment, se rattraper facilement en disant, aujourd’hui, que c’était une erreur.

Sur le CICE, avec d’autres, j’ai dit dès l’origine qu’il fallait cibler les aides aux entreprises, suivant qu’elles investissent ou non dans leur outil de production, qu’elles soient soumises ou non à la concurrence internationale. Sur la Loi Travail, l’inversion de la hiérarchie des normes et le fait de faciliter les licenciements, comment ne pas comprendre la fracture que cela instillait parmi les citoyens, parmi les forces de progrès ? Mais, à l’époque, il fallait être « modernes », quand cette modernité consistait surtout à prendre des choix contraires au chemin pour lequel nous avions eu la confiance des citoyens, donnant un peu chaque jour le sentiment de rendre les armes à Monsieur Gattaz et à son pin’s !

Quand tout cela se traduisait en plus par la brutalité de l’utilisation de l’article 49-3 de la Constitution qui empêche les parlementaires de débattre et de voter, l’impasse politique était en vue.

Des désaccords, j’en ai exprimé aussi sur la manière de faire vivre la République par des positions cassantes qui ne permettent pas de rassembler, par l’absence de volonté de faire débattre l’Assemblée nationale du droit de vote des étrangers aux élections locales ou par le fait de ne pas engager de véritable réforme fiscale.

Mais, vous pourriez penser, si je m’arrêtais là, que ces cinq ans n’auront été que des échecs. Et c’est faux. La majorité dont je fais partie a travaillé et beaucoup travaillé. Je ne vais pas tout citer, mais notamment la création du compte personnel de formation et du compte pénibilité, l’aide à l’embauche dans les PME, la Garantie jeunes, la garantie contre les impayés de pension alimentaires, les 60 000 postes d’enseignants et 9 000 postes de policiers pour réparer la casse des années Fillon-Sarkozy, le relèvement du seuil d’imposition pour les retraités modestes, le non-cumul des mandats, la grande réussite de la COP 21 et je pourrai encore en citer d’autres.

C’est pour cela que, chaque année, comme je m’y étais engagé, j’ai tenu des réunions dans les trois villes de la circonscription pour expliquer ce que nous faisions et échanger régulièrement avec vous.

Et puis, comment ne pas parler, dans ces cinq années, des vagues terroristes que nous avons subies, qui nous visaient tous. Je veux rendre hommage au président de la République, François Hollande, pour la dignité dont il a fait preuve à ce moment, tout comme Manuel Valls et Bernard Cazeneuve, Premier ministre et ministre de l’Intérieur à l’époque.

Résister au terrorisme en maintenant nos valeurs n’était pas aisé : ils l’ont fait, et avec eux la France toute entière a tenu bon.

Ces cinq années que je rappelle à grands traits ce soir devant vous, ce sont à titre personnel plus de 2 300 interventions en commission et dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, 900 amendements votés à mon initiative, 12 rapports parlementaires écrits et déposés, c’est enfin la reconnaissance de la discrimination à l’adresse, du fait de son seul lieu de résidence, c’est le fait de faire reconnaître l’inclusion économique des diplômés comme outil de lutte contre toutes les discriminations, c’est la suppression du délit de solidarité, même si on le voit du côté de Nice, ce sujet doit encore progresser.

C’est aussi un engagement particulier sur le logement avec le vote de la loi ALUR qui réforme en profondeur les rapports entre locataires et propriétaires, met en place un encadrement des loyers dans les zones tendues, plafonne les honoraires de location payés aux professionnels avec un gain de pouvoir d’achat de plusieurs centaines d’euros pour les locataires ; c’est la moralisation des professions de l’immobilier, la prévention de la dégradation des copropriétés et leur réparation, avec une pensée pour mon ami Claude Dilain qui y a beaucoup contribué ; c’est aussi la lutte contre l’habitat indigne.

C’est aussi le fait, en étant cinq ans rapporteur du budget du logement, de conforter le modèle du logement social et lui apporter de la transparence, encourager la construction avec d’excellents chiffres en 2016 dans l’accession comme pour le locatif ; c’est la TVA à 5,5 % pour le logement social et l’accession sociale à la propriété ; c’est l’élargissement du PTZ ; c’est le Crédit d’impôt CITE pour la rénovation ; c’est la mobilisation du foncier pour construire là où sont les besoins.

Cette liste est peut-être un peu longue, mais je dois dire que j’en suis assez fier ! Et comme je pense que les citoyens ont le droit de savoir ce que font leurs élus, les décisions qu’ils prennent ou qu’ils influencent, voilà, vous, vous savez !

Dans les semaines et les mois qui viennent, il s’agit de reconstruire notre récit national, dont chacun a pu à un moment se sentir écarté. Alors faisons entrer enfin la France dans le 21ème siècle. Construisons une République nouvelle, bienveillante avec chacun des siens, exigeante avec tous.

Refusons les solutions de facilité : non, une succession de bien-être personnels ne fait pas le bonheur de tous, ni même de chacun. Ce chemin est une impasse. La question nous est toujours posée : voulons-nous continuer de vivre ensemble avec nos différences sociales et culturelles ?

Il faut se reprendre en main, reprendre le contrôle de la destinée de notre pays face aux forces de l’argent roi : il nous faut remettre le commun au cœur de nos préoccupations. Les temps sont durs : ils ne s’accommodent pas d’une pensée molle. Tout est à réinventer et, ce soir, je vous propose de nous y atteler ensemble.

Mais je le dis aussi : la gauche ne peut pas être celle des lendemains qui chantent si elle ne s’appuie pas sur des propositions concrètes, applicables dès les premiers mois suivant l’élection présidentielle. S’il faut indiquer le but, éclairer l’avenir et proposer un chemin qui permette de réunir le plus grand nombre dans nos sociétés complexes et fragmentées, je veux pour ma part être la gauche concrète. Celle qui dit ce qu’elle fait et fait ensuite ce qu’elle dit. Celle qui parle de feuille de paie, des dépenses de santé, des impôts, de la quittance de loyer. Celle qui donne envie de se mobiliser au quotidien, celle qui est déterminée non pas à gagner les élections, mais à transformer durablement le pays, une transformation économique, écologique, numérique.

Pour ma part, je souhaite que le candidat que je soutiendrai à l’élection présidentielle s’engage sur un programme précis de réalisations, dans les six premiers mois suivant son élection. Je souhaite également que les citoyens soient plus en capacité d’évaluer ces choix. Le changement par le haut n’a pas fonctionné en 2012 : expérimentons en 2017 le changement par le bas, par les citoyens eux-mêmes. Aussi, j’invite les forces de gauche à être précises sur le calendrier de leurs réalisations.

Deux défis sont devant nous : la montée des inégalités et le changement climatique. Ils sont à aborder ensemble, par des réponses à la hauteur des enjeux, pour nous-mêmes comme pour les générations futures. Folles seraient les formations politiques qui ne les prendraient pas en compte, l’un et l’autre, l’un avec l’autre

Ces réponses passeront nécessairement non pas par moins d’Europe, mais par mieux, beaucoup mieux d’Europe. Par un New deal européen qu’il est urgent de construire afin de rebâtir une Europe de la croissance et du progrès avec les pays qui le souhaitent, une Europe la main tournée vers l’Afrique et la Méditerranée dont nos histoires et nos destins sont liés.

Voilà en quelques mots ce rapide retour sur cinq années d’engagement à vos côtés comme je m’y suis engagé en 2012. N’ayons pas peur : soyons juste déterminés. Se transformer, ce n’est pas reculer, ce n’est pas renoncer à ce qui fait le cœur de la République, c’est progresser.

François Mitterrand disait : « Dans les épreuves difficiles, on ne franchit correctement l’obstacle que de face. ». Pour ma part, j’y suis prêt.

Alors donnons ensemble plus de force, d’audace, d’unité et de ferveur à notre pays. C’est une armée nouvelle de femmes et d’hommes déterminés qui doivent faire vivre cette République rassemblée au quotidien. Avec vous, je sais que c’est possible. Tous ensemble, je sais que nous y arriverons.

Bonne année 2017 à vous et à vos proches ! »

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